Présentation

La Croix-Rouge française est pionnière de l’action humanitaire depuis plus de 150 ans. Poursuivant son engagement pour un monde plus humain et plus juste, elle a créé en 2013 le Fonds Croix-Rouge française. Ce fonds de dotation est dédié à la promotion des travaux de recherche consacrés aux modalités d’une action humanitaire en transition[1], ainsi qu’à la nature des liens qui unissent les champs de l’humanitaire et du social.

Afin d’encourager et de guider cet effort de réflexion et d’innovation, le Fonds a décidé de s’associer au Fonds AXA pour la Recherche www.axa-research.org pour lancer un appel à bourses postodoctorales sur la thématique spécifique « Gestion des risques et action humanitaire ». Le Fonds AXA pour la Recherche apporte son soutien à des scientifiques et à des institutions d’excellence dont les recherches sont liées aux risques environnementaux, aux risques pesant sur la vie humaine, et aux risques socio-économiques.


[1] Jean-François Mattei et Virginie Troit, ‘La Transition Humanitaire’, Médecine/sciences, 32.2 (2016), 211–16.

Thématiques de recherche

Risques sur la santé et réponse humanitaire dans les pays du Sud

La santé reste le secteur d’intervention prioritaire de nombreuses ONG. Selon l’ONG Solthis, « aujourd’hui dans le monde, 400 millions de personnes n’ont pas accès aux soins essentiels. S’il y a bien eu des progrès indéniables en santé mondiale, les besoins restent immenses notamment pour apporter une réponse de long terme aux enjeux de santé. En Afrique notamment, les systèmes de santé demeurent fragiles en raison du manque de ressources financières, des problématiques d’organisation et de ressources humaines. »

Dans ce contexte d’accès aux soins inégalitaires, deux axes de recherche nous paraissent prioritaires.

Certaines ONG telles que MSF ont su développer de réelles capacités de réponse à l’apparition de nouvelles pandémies ces dernières années (choléra en Haïti, méningites ou rougeoles au Niger, Kala-azar au Soudan, etc.). Cependant, face au virus Ebola, à celui de la fièvre de Marbourg, ou à de nouvelles pandémies comme celles à transmission rapide et accélérée par les modifications des modes de production (pandémie aviaire H5N1) ou à l’intensification des flux de population permise par les systèmes de transports publics et aériens (H1N1), « la plupart des ONG médicales sont hors jeu » et montrent leurs limites selon l’ONG Santé Sud. Comment anticiper le risque de pandémie et s’y préparer dans les pays où les systèmes de santé sont fragiles ?

La fracture médicale est une réalité pour un nombre très important de personnes dans le monde, particulièrement dans les pays du Sud. Aujourd’hui encore, en Afrique, 1 femme sur 16 meurt en accouchant et 1 enfant sur 5 n’atteint pas l’âge de 5 ans par suite d’infections respiratoires, de diarrhées, de paludisme ou de rougeole. Comment contribuer à un développement durable de la santé, et améliorer l’accès à des soins de santé et un suivi médical de qualité pour les plus vulnérables (femmes enceintes et nouveau-nés, populations isolées en zones rurales, personnes handicapées, enfants abandonnés ou vulnérables, jeunes en rupture sociale, personnes atteintes de maladies graves ou négligées…) ? Comment mieux comprendre et enrayer les mécanismes d’absence de prise en charge, la constitution de déserts médicaux et l’exclusion de la santé à grande échelle dans les pays du Sud ?

Risques climatiques et assurances contre les catastrophes naturelles

Les bouleversements climatiques et aléas naturels ont des conséquences qui dépassent largement les seuls impacts environnementaux. Ceux-ci engendrent des crises humanitaires et sanitaires aux causes et modes de gestion spécifiques, et dont la multiplication, selon toute prévision, amènera ONG, États, entreprises, institutions internationales à gérer des volumes d’opération en forte croissance à l’avenir. Ce contexte nouveau amène ONG, entreprises, institutions internationales à repenser leur action dans l’optique d’une transition ou articulation plus poussée avec les objectifs du développement durable, et les pouvoirs publics locaux à opter pour des modes innovants de gestion des risques et des catastrophes (nouveaux mécanismes assurantiels, Disaster Risk Reduction) et de transition énergétique. Il est donc important de s’interroger sur ce que ces bouleversements environnementaux impliquent à la fois en termes de conséquences pour les populations ainsi qu’en termes de conception et de pratique de l’action humanitaire. En quoi les risques environnementaux accrus et les évolutions que connait le secteur humanitaire sont-ils liés l’un à l’autre ? En quoi s’entremêlent-ils dans les réponses apportées aux crises ?

Les nouveaux systèmes assurantiels contre les conséquences humanitaires des catastrophes naturelles, comme l’African Risk Capacity (ARC) qui s’adresse aux États par exemple, constituent-ils une voie vers la transition humanitaire, plus d’autonomie et une nouvelle répartition des rôles ? Cet axe thématique vise spécifiquement à étudier les modalités de mise en œuvre d’un modèle assurantiel tel que l’ARC en analysant ses composantes auprès des toutes les parties prenantes : comment les plans de contingence sont-ils négociés, avec quels programmes et quel bilan pour ceux qui ont déjà été testés ? Comment les ONGI s’emparent-elles de ces opportunités assurantielles pour se proposer comme partenaire ? Comment les grands assureurs mondiaux entrent-ils dans le jeu par le biais de l’assurance ou de la réassurance ? Comment l’approche dite paramétrique ou indicielle de l’assurance, s’appuyant sur de nouvelles technologies, peut-elle apporter une meilleure protection aux populations et aux entreprises victimes de catastrophes naturelles ?

Risques liés à l’eau et impacts sur la malnutrition

Aujourd’hui, 663 millions de personnes n’ont pas accès à un point d’eau amélioré et 1,8 milliard utilisent toujours des points d’eau contaminés par des matières fécales. 2,4 milliards de personnes manquent toujours d’un assainissement adéquat et 1 milliard d’entre elles défèquent encore en plein air avec tous les risques que cela engendre[1].

L’impact sur la santé des populations est immédiat puisque, à cause de l’insalubrité de l’eau de boisson et du manque d’assainissement et d’hygiène, 842 000 personnes meurent chaque année  dont 361 000 enfants de moins de 5 ans. En 2016, les maladies d’origine hydrique restent l’une des principales causes de mortalité au monde et certainement la principale cause de mortalité juvénile.

Le lien entre défécation à l’air libre et santé publique est bien établi. Pour contrecarrer cette pratique à risque, certains organismes utilisent l’approche ATPC, Assainissement Total Piloté par la Communauté (Côte d’Ivoire, Haïti, Tchad…). Mais cette approche qui vise l’éradication de la défécation à l’air libre ne prend pas en compte les déjections animales, alors même que Cryptosporidium parvum par exemple, directement lié au bétail, est un des pathogènes les plus communs associés aux diarrhées, décès et est responsable de malnutrition aiguë (Marshak, 2016).

Encore peu de recherches rendent compte du lien qui existe entre eau, (mal)nutrition et bétail. Des projets de recherche pourraient évaluer la pertinence, l’efficacité et l’impact des projets eau-hygiène-assainissement et de l’ATPC sur l’amélioration de la santé des populations en zone d’élevage. Quelles approches anthropologiques et sociologiques peuvent être déployées pour une meilleure prise en compte et prise en charge de ce facteur de malnutrition ? Quelles stratégies et/ou alliances les acteurs de ces programmes doivent-ils développer pour prendre en compte les risques sur les maladies hydriques et mettre en place des mesures de prévention en se basant sur une meilleure connaissance des pathogènes liés aux excréments d’animaux ?


[1] WHO/UNICEF. Joint Monitoring Program on Water Supply and Sanitation, Progress on Sanitation and Drinking Water – 2015 Update and MDG Assessment, JMP, 2015.

Zones géographiques de recherche

Ces thèmes pourront  être abordés de manière transversale ou lors d’une recherche géographique ciblée portant sur une zone spécifique ou un pays. Pour ces Bourses AXA, 8 pays prioritaires ont été identifiés (les pays ciblés constituent une entrée empirique pour les recherches, ils ne correspondent en aucun cas aux nationalités d’éligibilité) :

1Burkina Faso5Maroc
2Côte d’Ivoire6Niger
3Madagascar7Sénégal
4Mali (chercheurs résidents uniquement)8Tchad

NB : l’accès au terrain sera conditionné par une évaluation précise des risques remise lors de la candidature et mise à jour avant le départ en prenant soin de vérifier au préalable les recommandations du MAEDI français.