Thème général 2016

« Réalités et perspectives de la transition humanitaire dans les pays bénéficiaires de l’aide internationale »

La  transition humanitaire se caractérise par la redistribution des rôles aussi bien sur le plan politique qu’opérationnel : la formulation de nouvelles règles de fonctionnement et l’établissement d’interactions multiples (entre bailleurs, organisations de solidarité internationale, secteur privé, sociétés civiles, institutions supranationales, médias et donateurs). Comment se déclinent ces différents processus et mécanismes au niveau local ?

Comment s’organise le transfert d’activités ? Avec quels acteurs et selon quelles normes – transmises, imposées ou appropriées ? Dans ce contexte, comment transmettre les savoirs théoriques et pratiques, et quels moyens sont nécessaires pour faire évoluer les métiers du champ humanitaire, caritatif, sanitaire et social voués à accompagner la dynamique en cours ?

Finalement, cette nouvelle donne humanitaire est au cœur de relations sociales où la dimension éthique s’impose de façon centrale. Entre codes locaux et mécanismes d’appropriation d’une éthique globalisée, peut-on parler d’une éthique universelle ? Comment formuler ces principes et les appliquer au champ humanitaire ou social ?

De tels questionnements exigent au préalable de mieux connaitre les acteurs locaux, de mieux comprendre les nouvelles modalités d’intervention locale entre secteur social et humanitaire et, enfin, de mieux anticiper l’évolution des métiers de l’humanitaire. Les principes éthiques appliqués à l’humanitaire (notamment le principe d’autonomie) peuvent fournir le fil conducteur entre ces différentes thématiques et, finalement, constituer un guide pour toute action ou politique humanitaire « ici et là-bas ».

Ce thème général pourra être traité globalement ou sous l’un des différents aspects suivants :

1. Compréhension du tissu humanitaire local : configurations et dynamiques

Il existe peu de recherches ou d’études analysant les espaces d’intervention de l’aide internationale afin d’en comprendre les spécificités. Or ceux-ci connaissent une grande variété de configurations, en termes de nombre et nature  d’acteurs investis (locaux, internationaux), modes de relation entre eux et avec les autorités locales, temps, type et champ d’action (eau, nutrition, santé, insertion, migrations, éducation, atteinte aux personnes, privation de libertés…), objectifs et caractères de programmes mis en place (urgence, développement), motivations, mode d’organisation, de fonctionnement et de financement des acteurs, capacité et normes d’action, ou encore de diagnostic des enjeux et des besoins humanitaires des populations. En outre, au fil du temps, chacun de ces espaces a connu des configurations de l’aide internationale différentes évoluant d’une part en fonction de dynamiques politiques, économiques, sociales, culturelles qui lui sont propres, et d’autre part des logiques d’évolution du système de l’aide internationale.

Comment expliquer la spécificité d’un tissu humanitaire local et son évolution? Quelle analyse porter sur les configurations et dynamiques des espaces d’intervention de l’aide internationale au regard à la fois des enjeux et besoins humanitaires passés, actuels et à venir des populations, ainsi que des opinions et aspirations des acteurs locaux (ONG, Etat)?

2. Action humanitaire, action sociale et développement humain : pratiques de transition et principes éthiques

Les domaines de l’urgence, du développement et du social évoluent comme champ sémantique, comme dispositif, comme terrain d’action et comme imaginaire. Ils se caractérisent également par les entremêlements nouveaux dont ils sont le cadre, rendant toujours plus incertaines les frontières établies. Le Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge est le témoin de ces transformations depuis 150 ans : l’humanitaire, le social et le développement se côtoient, au « Nord » comme au « Sud », à travers les hommes, les savoir-faire et les principes. Ainsi le transfert d’activités entre acteurs extérieurs et acteurs nationaux est en œuvre aujourd’hui dans de nombreux pays en développement appelant de leurs vœux une solidarité rénovée qui place les communautés au cœur de l’action et fournisse à chaque personne les outils indispensables pour reconstruire sa vie dans la durée

Comment, pour un cas d’étude précis, s’articule la connexion entre l’action humanitaire et l’action sociale, entre le collectif et l’individuel, entre le ponctuel et le pérenne – entre une action exportée, une action intégrée et une action inventée ? Quelle analyse porter sur l’état de cette connexion au regard des objectifs, opinions et aspirations des différents acteurs de la solidarité (locaux et internationaux)?

Cette aspiration à l’autonomie conduit les acteurs de l’aide internationale à se réinventer, à interroger leur action au plan de l’éthique tout autant que celui des modalités pratiques de cette transition. Quels principes éthiques pourraient guider la réinvention d’une action humanitaire en transition ? Quelle traduction pratique de ces principes, quels ajustements, adaptations, reconfigurations, leviers de transfert sont aujourd’hui nécessaires pour l’élaboration d’un mode d’intervention durable ? Que nous apprennent les exemples de transition réussie ou échouée, à la fois sur les principes éthiques et les modalités pratiques de leur mise en œuvre ?

3. Mondialisation et nouvelles géopolitiques de l’aide humanitaire

Des mobilisations de la société civile internationale, au développement d’une diplomatie et d’un droit humanitaire, en passant par l’émergence de bailleurs au champ d’action planétaire, le secteur humanitaire a progressivement créé son espace et ses dynamiques propres dans un monde de plus en plus globalisé. Aussi, dans son action celui-ci doit s’adapter à des problématiques  transnationales majeures : géopolitique, conflits internationaux, corruption et crime-organisé sans frontière, mobilités forcées, etc. Cette mondialisation rend de plus en plus complexe la compréhension du système de l’aide internationale, y compris dans ses configurations locales, par la multiplication des acteurs, la rapidité des changements qu’ils engendrent, et la portée de leurs actions d’un continent à l’autre. Ainsi, la compréhension du système de l’aide internationale nécessite une perspective globale.

Comment le jeu des acteurs et des organismes transnationaux reconfigure le dispositif humanitaire, et comment sa mise en évidence permet d’expliquer des configurations locales de l’aide internationale ? Quels en sont les effets à long terme sur la sphère humanitaire ?

A quelles stratégies recourent nombre d’acteurs (institutionnels, politiques, associatifs, etc.) du Sud pour négocier leur insertion dans le système mondial et bénéficier d’une aide multiforme ? Comment ces logiques macro-politiques se répercutent, parmi les agents locaux de l’humanitaire et du développement?

Zones géographiques de recherche

Ces thèmes pourront  être abordés de manière transversale ou lors d’une recherche géographique ciblée portant sur une zone spécifique ou un pays. Pour cet appel 2016, le Fonds a identifié 12 pays prioritaires (les pays ciblés constituent une entrée empirique pour les recherches, ils ne correspondent en aucun cas aux nationalités d’éligibilité)

1Birmanie7Ethiopie
2Burkina Faso
8Haïti
3Cambodge

9Madagascar
4Caméroun10Niger
5Côte d’Ivoire11RD du Congo
6Djibouti12Sénégal